Le riddim vert

« Nous avons espoir en un monde plus rasta, en un riddim capable de combattre la guerre et l’unilatéralisme, nous avons espoir dans la possibilité de renouer autour d’un projet ambitieux la confiance avec le dancefloor, pour que 2005 prépare 2007. Yeah Jah rides. « 

Sergio Bubba Coronado, porte-parole des Greens, le 19 janvier 2005

La Jamaïque vue d’ailleurs

C’était en 2005 le crédo de la nébuleuse Greenverts, le crew Raggamuffin des Domi T Voynet et autres Robbie Cochet and Sly Byard, et de tous les Bobodreads incontournables de la scène ragga Noel « Dats » Mamère, Jay-jay « slim » Muller et Alan « booya » Lipietz.

En 2008, le riddim continue, après le succès de Ta mère c’est moi du talentueux Noel Mamère et le nom moins pulsatoire rub-a-dub Ecologic war de Domi T le mouve Green a-t-il encore gardé toute sa hargne militante ?
En cette période de forte tension sociale, tenaillés entre le succès du grind réformiste
et celui de la pop-song de jeune fille-à-guitare-en-bois, les Greens sont un peu verts
mais ne perdent rien de leur combativité.

 » Yeah man, l’application du principe de précaution, c’est nous. C’est grâce à notre flow brotha qu’on a arraché la signature d’une charte sur les antennes relais qui te font vibrer les boyaux de la teuté, brotha. » déclare l’explosif Alan « booya » Lipietz.
Dans le salon, avec tous le gars du sound system des greens Domi T part en slam :

« Les débats en cours sur le projet de décision finale laissent apparaître une tentation forte de saborder les objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre, au profit d’engagements incertains et de vagues promesses de faire mieux. A ce stade, d’après les organisations non gouvernementales présentes sur place, le texte reste très flou sur les moyens et les objectifs de lutte contre la déforestation, pourtant responsable de 18 à 25 % des émissions mondiales de CO2. On se désole enfin de constater que le projet de décision n’est, à cette heure, pas complété par un programme de travail précis, fixant les étapes des négociations à venir pour préparer l’après Kyoto. Kio.Io. Io.to.to. Io ! »

Elle repose le mike sur la table basse et va se servir une tasse de Tchaï. Je suis soufflé par l’aisance du flot et l’imagination de l’artiste. On se claque dans les mains.
Mais voilà que Jay Jay Muller qui assure les platines envoie un riddim et voici que Francky 2 Rugy se lance :

« Ma question porte sur le bruit, induit par le trafic routier, que subissent un très grand nombre de nos concitoyens, en ville bien sûr, mais aussi à la campagne. C’est notamment le cas dans ma commune, Orvault, cernée par de grandes infrastructures routières appartenant au réseau national et dont l’État est donc l’unique responsable. Les Orvaltais et de nombreux Nantais souffrent de ce bruit continu. . Pour le bruit routier, le seuil de gêne est fixé à 65 décibels, mais le calcul est fait sur la moyenne des niveaux de bruit mesurés pendant 24 heures, jour et nuit confondus. Il en résulte que les pics sonores ne sont pas pris en compte. De plus, il est très difficile d’obtenir des DDE qu’ils procèdent à des mesures de bruit et, quand on l’obtient, de se les faire communiquer. Voilà qui me semble en contradiction flagrante avec les conclusions du Grenelle de l’environnement et avec les déclarations du Président de la République qui disait appeler de ses vœux un droit à la parfaite transparence des informations en matière environnementale. Io. Io. Rastafari »

Applaudissements dans le groupe, rires et parfums des cigarettes à l’odeur si agréable qui s’échangent dans la bande. Je m’éclipse discrètement pour ne pas rompre la poésie de l’instant.

Bernard Bédo

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