Une affaire bête en cours

Une Nouvelle par Brute Easton Willis & Philip K. Bite


Nick sortait des limbes…. à la totale Jetlag. Il devait se trouver dans un hôtel de Tokyo, ou était-ce Kyoto ? Il ne savait plus du tout et n’en avait rien à foutre de toute façon. Ces putains de villes nippones aux noms d’anagrammes….Feucques…




Et puis son manageur s’occupait de ces trucs-là : savoir pour lui où il se trouvait. Parce que, en ce qui le concernait, seule la vitesse acquise était une information palpable dans son cerveau fumant comme un champs de cocaïne brulé par la CIA et dévoré par le napalm de l’amnésie….. Ce dont il était sûr en cet instant c’est que la vitesse acquise était nulle, voire négative. Il se sentait dans un corps constitué d’antimatière avec un putain de trou noir dans la mémoire.


La Suite présidentielle était un foutoir indescriptible où l’organique et le minéral se seraient hideusement accouplés pour offrir un décor de cauchemar afin d’y loger la plus gigantesque migraine de l’histoire du Grind Métal Réformiste.



Le concert de la veille ( avait-il fait un concert la veille ou l’avant-veille, ou encore bien avant ? ) s’était désossé dans ces loges de luxe avec de vieilles partouzeuses scientocunilinguales. Un fondu enchienné tout en fibres qui s’écorchait dans les tissus douloureux de son cerveau et projetait des images floutées qui lui donnaient la nausée.


D’abord il se réveillait ankylosé, le corps nimbé d’une puanteur tenace comme un halo étrange. La joue et le nez appliqués contre une mare de vomi qui pouvait aussi bien ne pas être le sien. Il vit le ventre du piano à queue sous lequel il avait dormi ( comaté ? Feucques ) et sa lutherie bizarre et compliquée comme une lettre de l’alphabet grec lui retourna encore plus l’estomac.


Il était nu, le sexe brûlant et presque tuméfié. A côté de lui, sous le piano, une très vieille femme nue elle aussi, renversait sa tête chauve sur une perruque tombée de son crâne et dormait d’un sommeil de cadavre aux cuisses écartelées.


Nick alla ramper jusqu’aux rideaux qui semblaient des voiles dansant devant un autre monde, celui de la fenêtre ouverte qui se précipitait sur une vue de cinquante neuf étages. Il avala un peu d’air de la nuit moite, ce qui lui coupa la respiration encore un peu plus. Ses narines – surtout la droite – étaient elles aussi traversées de douleurs incandescentes. Il essuya son visage sur le rideau de soie luxueuse et chatoyante qui se couvrit d’une affreuse trace d’ocre et de blanc laiteux.



Un frisson glacé le traversa. Mais où étaient ses vêtements ? Ses putains de vêtements ? Avait-il jamais eu de vêtements dans sa vie ? Feucques ! Il arracha le rideau maculé et s’en couvrit d’une toge grotesque et informe tel un Caligula émasculé par l’orgie.


Le sol étaient couvert de merde… et d’autres trucs impossibles à identifier, les musiciens du groupe ronflaient sur la moquette fusillée de la Suite. Ils étaient presque tous là : le batteur, le bassiste, des roadies et cette vieille salope de photographe à playmates rencontré la veille ( ou était-ce l’avant-veille, ou bien encore avant ? ) dans le bar de l’avion….Un putain de bar dans un putain d’avion.!…Quel malade mental  avait eu l’idée de mettre ce feucquingue bar dans son putain d’avion ? Peut-être lui-même l’avait-il demandé à son manageur…

Feucques !

Combien de ces pourceaux pouvait-il compter en tout dans la pièce ? Sept ou huit, tous à poil, vautrés comme des éléphants de mer échoués sur une plage du Panama avec la queue à l’air comme autant d’appendices respiratoires usés par la chaleur et le sel.


Les souvenirs lui remontaient à la gorge. Il mit sa main entre ses cuisses. Il dégueula un mince filet de bile acide….Son nez se mit à saigner….


La vieille….ça lui remontait maintenant….ils l’avaient tous partouzée….. putain à Rolex………………..et lui le premier………. Tous partouzés…



Il avait trempé dans cette merde.

Une feucquingue messe noire de feuquingues lunatics…..Il fallait qu’ils arrêtent. Il-fallait-qu’ils- arrêtent ! Mais ils ne savaient plus s’arrêter. Ils avaient oubliés comment on fait pour s’arrêter : son manageur s’occupait de ça aussi à présent. De les arrêter à temps ! Mais ce coup-ci, il les avait laissé glisser, partir à dache, ce prique. Mauvais enculeur de mamans.


Feucques : il avait bien envie de le virer ce gros pédé de biker dégénéré, de lui péter les dents à coup de Télécaster à ce coquesseuqeur tandis qu’il songeait à toute cette merde qui menaçait de lui péter à la gueule, à sa belle petite golden gueule de biatche à vidécrans géants. Mozeur feuquingue prique de Manageur !


Il se souvenait maintenant comme un éclat de verre éclatant au soleil de ces jeunes putes splendides aux longues jambes fuselées qui désertaient les lieux en silence. De la terreur gravée sur leurs visages sublimes. Qu’avaient-ils fait ? Oh my Gode ! My Gode ! Toute cette merde le dégoûtait tout à coup tellement qu’il n’avait même plus envie de se défoncer : ça le rendrait encore plus pire.


Il se redressa, en appui sur le piano à queue. Sa main s’agrippa à un accord plaintif et boiteux. Un horrible accord diminué de quinte overdosée et comme édenté qui retentit dans la pièce. L’instrument était maintenant totalement faussé. Le contact du clavier était froid et gluant… Les touches aussi étaient couvertes de pollutions. Putain à Rolex….Plus Rien de sacré……Il s’essuya les doigts sur sa toge de fortune….Non plus rien de feuquingue sacré n’avait été épargné……..ne lui serait plus jamais épargné…. tout était consommé……..parti au vent mauvais….. dissipé avec sa conso perso….


Et sur la table d’harmonie. Posé comme un trophée. Un énorme vase de Lys blancs….. Ils étaient tout rouges maintenant les lys blancs. Des lys rouges, ça existe pas. Ou bien dans les délires de post-hyppiz’ allumés sous extasz’, putain à Rolex, mais pas en vrai. Feucques….Pourtant, un énorme bouquets de ces grosses conneries de fleurs en forme de trompettes avait tourné complètement carminé. Comme autant de sordides boutons d’acné juvénile sur le visage d’une affaire bête en cours de croissance pré-pubère.


C’est à ce moment qu’il poussa une sorte de vagissement guttural. Dans l’énorme vase, il vit le machin. Le truc qui le regardait sans le voir, ou l’inverse. Feuuuuques date chite : il s’approcha pour se persuader du contraire de ce que lui transmettaient ses sens; mais c’était bien ça qu’il voyait : la tête tranchée de son manageur reposait au milieu de l’énorme vase et mêlait goutte à goutte son sang à l’eau que buvaient inlassablement les fleurs coupées qui rougissaient.


Il se rua sur son portable pour appeler son manageur. Mais lorsqu’il comprit qu’il ne lui répondrait plus de toutes façons, il se mit à rugir d’impuissance….



Traduit du français par Edgar Novlang.

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