Vol de nuit

Dans la lumière fastidieuse des beaux matins, après une nuit de voyage au bout d’icelle, je pose ordinairement la cargaison de mes réflexions. Livrer le courrier du jour : bonnes et mauvaises nouvelles roulées en boule et données à jouer aux chats sur la toile. Pourtant en cet instant, la trame du temps se déploie en relativité restreinte, le monde par devenir et par habitude pleure sa sève  comme le fruit gâté d’une ovation sans ivresse  : un univers en expansion dont l’étendue tient dans un œuf.

Je n’ai pas de compte Twitter à  pirater, pas de vigie à observer, pas de Roms à expulser, je n’ai personne à blâmer et la solitude s’en suit. Il me manque tant de méchanceté dans le cœur que j’en suis devenu trop léger et depuis le lest me manque pour atterrir.

Au-delà des nuages glacés d’or noir, la nuit est compacte ; ce sont des phrases en cumulus, comme de voluptes  gitanes qui montent des bouches remplies d’essaims de petites abeilles laborieuses. Je me sens un étranger en terre familière et le terrain est devenu trop meuble pour y poser ma faible chair. Je poursuivrai mon vol jusqu’à la nuit prochaine. Le soleil  lui-même n’y comprend rien, mais tout cela ne fait rien car le ciel est mon berceau.

Antoine de Saint-Exaspérant

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