Tous coupables

Abus de confiance, faux et usage de faux, introduction frauduleuse de données dans un système informatique. Jugé pour avoir pris sur les marchés financiers des positions spéculatives  pharaoniques à hauteur de dizaines de milliards d’euros. Frappé d’anathème pour avoir menacé à lui seul l’équilibre monétaire mondial, Jérôme Kerviel s’est fait débiter en rondelles charcutières par le tribunal correctionnel de Paris.

Au menu, méchoui de bouc émissaire précédé d’une tête de Turc sauce à la grimace : l’ancien trader de la Société Générale devra toutefois garder de son jus pour payer l’amende colossale de 4,9 milliards d’euros dès qu’il aura purgé ses trois ans de prison fermes.  La justice des hommes n’a pas changé depuis belle fable.

 

Les journaux calculent ainsi qu’il lui faudrait 170.000 ans pour rembourser son malheureux ancien employeur. On croirait à la lecture de ce prononcé de conte de fée que  Geppeto s’est fait duper par Pinocchio. Un procès comme un film de Walt Disney, immortel grandiose hollywoodien où le vilain petit garçon en bois retourne à l’état de marionnette pour sa punition.

 

Jérôme Kerviel dispose de 170.000 ans pour payer ses dettes à la société. C'est long à vivre pour un seul homme.

 

Kerviel plaide ainsi qu’il fut la « créature » du plaignant et qu’il avait succombé aux chimères d’une institution respectable entre toutes, à savoir, la turbo-spéculation bancaire macroéconomique. Apparemment, le prétoire a jugé l’argument oiseux et le nez de Jérôme un peu trop long.

Quand à nous, la consolation vient en songeant que ce sont désormais des ordinateurs qui font le travail de Jérôme Kerviel dans 70 % des cas. Gageons que dans moins de 170.000 ans ce seront des magistrats cybernétiques qui condamneront des traders électroniques à des peines logicielles infamantes exécutées par ces terminators de la Matrix qui seront dévoués au maintien de l’équilibre financier international.  Le progrès est inéluctable en la matière : les fous, les auteurs de science-fiction et les enfants le savent bien.

En conclusion, nous pensons que le message de sagesse que délivrait hier le tribunal de Paris en déclarant Jérôme Kerviel coupable de tant d’abomination : c’est que  nous le sommes tous !

Victor Ego

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